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Publié par Lolie

L'abandon est le fruit délicieux de l’Amour

Poème de Sainte Thérèse de Lisieux

Il est sur cette terre
Un Arbre merveilleux
Sa racine, ô mystère
Se trouve dans les Cieux !

Jamais sous son ombrage
Rien ne saurait blesser
Là sans craindre l'orage
On peut se reposer

De cet Arbre ineffable
L'Amour voila le nom
Et son fruit délectable
S'appelle l'Abandon

Ce fruit dès cette vie
Me donne le bonheur
Mon âme est réjouie
Par sa divine odeur

Ce fruit quand je le touche
Me parait un trésor
Le portant à ma bouche
Il m'est plus doux encore

Il me donne en ce monde
Un océan de paix
En cette paix profonde
Je repose à jamais...

Seul l'Abandon
En tes bras, ô Jésus
C'est lui qui me fait vivre
De la vie des Élus

À toi je m'abandonne
O mon Divin Époux
Et je n'ambitionne
Que ton regard si doux

Moi je veux te sourire
M'endormant sur ton coeur
Je veux encore redire
Que je t'aime, Seigneur !

Comme la pâquerette
Au calice vermeil
Moi petite fleurette
Je m'entrouvre au soleil

Mon doux Soleil de vie
O mon Aimable Roi
C'est ta Divine Hostie
Petite comme moi

De sa Céleste Flamme
Le lumineux rayon
Fait naître dans mon âme
Le parfait Abandon

Toutes les créatures
Peuvent me délaisser
Je saurais sans murmures
Près de toi m'en passer

Et si tu me délaisses
O mon Divin Trésor
Privée de tes caresses
Je veux sourire encore

En paix, je veux attendre
Doux Jésus, ton retour
Et sans jamais suspendre 
Mes cantiques d'amour

Non rien de m'inquiète
Rien ne peut me troubler
Plus haut que l’alouette
Mon âme sait voler.

Au-dessus des nuages 
Le Ciel est toujours bleu 
On touche les rivages 
Où règne le Bon Dieu.

J’attends en paix la gloire 
Du Céleste séjour 
Car je trouve au Ciboire 
Le doux Fruit de l’Amour !

Doctrine spirituelle de sainte Thérèse​

La théologie de Thérèse de Lisieux est issue en grande partie de sa vie et de son autobiographie dans laquelle elle développe une vision de la foi qui a fait école.

L'appel universel à la sainteté

La théologie de Thérèse est avant tout une pédagogie de la sainteté. Son enseignement est un encouragement à rechercher la sainteté, y compris pour les chrétiens qui doutent de leur capacité à répondre à cet appel.
À l'époque de Thérèse, marquée par l'héritage janséniste, beaucoup pensaient que la sainteté était réservée à quelques âmes d'élite, vivant des phénomènes mystiques impressionnants, ou réalisant de grandes choses. Bien que n'ayant rien
fait
d'extraordinaire, Thérèse a pourtant pensé avec constance qu'elle pouvait devenir sainte. Ainsi, vers l'âge de neuf ans, lisant la vie de Jeanne d'Arc, elle a l'intuition qu'elle peut aussi « devenir une grande sainte !!!… ». Au carmel, en 1890, un prédicateur est choqué quand elle lui dit son espoir de devenir une grande sainte et d'avoir pour Dieu le même amour que celui qu'avait Thérèse d'Avila. À la fin de sa vie, elle écrira à mère Marie de Gonzague : « Vous le savez, ma Mère, j’ai toujours désiré être une sainte. »
Elle veut d'abord arriver à la sainteté d'une façon assez volontariste. Ainsi, à l'âge de seize ans, elle écrit à Céline, citant le père Pichon : « La sainteté ! Il faut la conquérir à la pointe de l'épée, il faut souffrir... »

Ensuite, et de plus en plus à partir de 1893-1894, elle confie sa petitesse à Dieu et l'invite à agir en elle. En 1895, elle écrit :« [...] je sens toujours la même confiance audacieuse de devenir une grande Sainte, car je ne compte pas sur mes mérites, n'en ayant aucun, mais j'espère en Celui qui est la Vertu, la Sainteté Même, c'est Lui seul qui, se contentant de mes faibles efforts, m'élèvera jusqu'à Lui et, me couvrant de ses mérites infinis, me fera Sainte ».

Thérèse a ainsi montré, par sa vie et ses écrits, que la sainteté était accessible à tous. Un autre docteur de l'Église avait eu, trois siècles plus tôt, une intuition aussi forte : François de Sales (1567-1622). Il avait encouragé les chrétiens vivant dans le monde à progresser spirituellement, d'une façon propre à leur état de vie, qui est différent de celui des moines et des moniales. Cette idée qu'a Thérèse d'une sainteté discrète, sans grands éclats, s'appuyant sur la confiance en Dieu, est adaptée à tous les baptisés. C'est aussi une anticipation du concile Vatican II. La Constitution dogmatique sur l’Église (Lumen gentium) du concile souligne en effet que tous les chrétiens sont appelés à la sainteté.

Signe que la conception de la sainteté de Thérèse était en avance sur son temps, plusieurs de ses proches ne comprennent pas, dans les années qui suivent sa mort, que l'on pense à elle pour un procès en béatification. Des carmélites, des habitants de Lisieux, des membres de sa propre famille ne trouvent rien d'exceptionnel dans sa vie pour justifier ce projet. À un jeune prêtre qui évoque la canonisation de sœur Thérèse en 1903, mère Marie de Gonzague répond en riant : « dans ce cas, combien de carmélites faudrait-il canoniser ? ».

La petite voie

S'appuyer sur Dieu avec confiance

Durant les trois dernières années de sa vie, Thérèse de Lisieux expérimente quotidiennement « la petite voie ». Elle n'a écrit, telle quelle, l'expression qu'une seule fois, dans le manuscrit C, en 1897. Mais elle y fait souvent référence, lorsqu'elle parle aux novices, ou en s'adressant à ses frères spirituels. Elle a conscience que cette petite doctrine est ce qu'elle peut transmettre de mieux, de son vivant, et après sa mort.

La « petite voie » consiste, pour Thérèse, à reconnaître sa petitesse, son néant, et à s'appuyer alors avec confiance sur Dieu. Elle naît du désir de la sainteté, et de l'incapacité qu'il y a, à accomplir, par ses propres forces, ce désir.
Thérèse n'a pas ménagé ses efforts pour devenir sainte. Elle a cherché à vivre parfaitement la vocation qui était la sienne, multipliant les actes d'obéissance, de charité, de fidélité. Mais ayant en même temps un grand souci de la vérité, elle voit ses défauts, ses manques de générosité, son incapacité à « monter le rude escalier de la perfection ». Elle qui aurait voulu aimer Dieu avec la même ardeur que Thérèse d'Avila réalise qu'elle est bien faible et petite. Elle passe par l'acceptation de ses limites. Mais sans se décourager pour autant. Car elle a compris que cette faiblesse, cette petitesse, pouvaient attirer la grâce de Dieu. C'est une intuition prophétique qui lui fait écrire : « je veux chercher le moyen d'aller au ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle ». Dans le Livre des Proverbes, elle lit « Si quelqu'un est tout petit, qu'il vienne à moi. » Ce n'est pas en grandissant, mais au contraire en restant petite, qu'elle s'approchera de Dieu en l'obligeant à s'abaisser vers son néant. Elle écrit : « l'ascenseur qui doit m'élever au ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela, je n'ai pas besoin de grandir, au contraire, il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus. »

Une voie de l'enfance spirituelle

La petite voie est aussi parfois appelée voie d'enfance spirituelle. Thérèse fait en effet souvent référence aux enfants qui, tout en étant petits, peuvent manifester une grande confiance envers leurs pères. Elle comprend que, pour aimer et s'unir à Dieu en vérité, « il s'agit d'abord de se laisser rejoindre par Lui, aimer et façonner par lui. Son amour est gratuit, celui d'un père pour ses enfants. C'est toujours lui qui nous aime le premier. » (Pierre Descouvemont)
Ainsi, dans cette spiritualité, grandir en sainteté, c'est d'abord grandir, par l'action de l'Esprit Saint, dans la confiance filiale qui voit en Dieu un père aimant. Jean-Paul II, lors de son passage à Lisieux en 1980, dira à ce propos : « La "petite voie" est la voie de la "sainte enfance". Dans cette voie, il y a quelque chose d’unique [...]. Il y a en même temps la confirmation et le renouvellement de la vérité la plus fondamentale et la plus universelle. Quelle vérité du message évangélique est en effet plus fondamentale et plus universelle que celle-ci : Dieu est notre Père et nous sommes ses enfants ? »

Progresser sans cesse

Le fait de reconnaître sa petitesse ne signifie pas cependant, pour Thérèse, qu'il faut cesser de faire des efforts. S'entretenant au carmel avec une de ses novices, sœur Marie de la Trinité, elle distingue bien cette voie du quiétisme. Jusqu'au bout, elle fera des sacrifices pour le salut des âmes. Le 8 août 1897, elle confie à mère Agnès :« Bien des âmes disent : Mais je n'ai pas la force d'accomplir tel sacrifice. Qu'elles fassent donc ce que j'ai fait : un grand effort. Le bon Dieu ne refuse jamais cette première grâce qui donne le courage d'agir. » Et, jusqu'à sa mort, elle cherchera à aimer, concrètement et quotidiennement, ses sœurs carmélites. Mais ce sera, selon la voie dont elle témoigne, en union avec Dieu qui supplée à ses faiblesses. Cet accueil de la présence de Dieu, qu'elle veut vivre à travers cette petite voie, va l'amener à approfondir le sens de la charité, et sa confiance en la miséricorde.
La charité
Aimer Dieu
Thérèse a été appelée, après sa mort, « Docteur de l'amour ». C'est en effet en pratiquant la charité, et en l'enseignant dans ses écrits qu'elle a le plus touché les cœurs.
L'amour de Thérèse se porte avant tout sur la personne du Christ. Dès sa petite enfance, portée par une ambiance familiale très chrétienne, elle cherche à lui « faire plaisir » par ses actions, son sens de la vérité, sa fidélité à la prière du soir. Cet amour pour le Christ, cette conviction et cette conscience qu'elle a de vivre en sa présence se maintiendront toute sa vie. Elle décrit ainsi sa première communion, faite à l'âge de neuf ans : « [...] je me sentais aimée, et je disais aussi : "Je vous aime, je me donne à vous pour toujours". » Le nom de Jésus est présent à pratiquement chaque page de ses écrits. Il est cité environ mille six cents fois. À la fin de sa vie, lorsqu'elle vit l'épreuve de la nuit de la foi, elle grave ces mots sur la cloison de sa cellule : « Jésus est mon unique amour. » Et ses derniers mots seront pour Dieu, à qui elle dit son amour avant de mourir.
Cet amour est vécu de façon privilégiée dans sa vocation de carmélite, qui fait d'elle, selon le vocabulaire symbolique propre aux religieuses, « l'épouse du Christ ». Comme l'indique son nom de carmélite (Thérèse de « l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face »), elle médite plus particulièrement sur le mystère de l'incarnation et de l'abaissement du Christ. Elle va surtout témoigner d'un Dieu « qui s'est fait tout petit par amour ».
Même si elle cite moins le Père et l'Esprit Saint que le Christ, sa conception de l'amour de Dieu est profondément trinitaire. Comme en témoigne ce verset de sa poésie Vivre d'amour : « Ah ! tu le sais, Divin Jésus, je t'aime. L'Esprit d'amour m'embrase de son feu. C'est en t'aimant que j'attire le Père. »
Selon François-Marie Léthel : « l'enseignement de Thérèse est entièrement illuminé par l'Amour : en Jésus, Thérèse contemple l'Amour infini dont Dieu nous aime, amour miséricordieux et sauveur, amour fou du créateur pour sa pauvre créature blessée par le péché [...] ». Pour Thérèse, il s'agit alors de rendre amour pour amour, d'aimer Dieu en retour, et d'aimer ses proches et ceux pour qui elle prie en témoignant de l'amour de Dieu.
Unie à l'amour
À partir de 1894, avec la découverte de la petite voie de confiance et d’amour, Thérèse réalise de plus en plus combien la charité est au centre de sa vie spirituelle. Ayant compris qu’elle ne pourra aimer vraiment qu’en union avec Dieu, elle s’offre, le 11 juin 1895, comme « victime à l’amour miséricordieux », « afin de vivre dans un acte de parfait amour ». Elle veut renouveler cette offrande à chaque instant, un nombre infini de fois. Un tel programme n'est possible que si Dieu répond à son offrande. Quelques jours plus tard, elle est prise d'un amour si fort pour Dieu, qu'elle se croit plongée dans un feu. C'est pour elle le signe que Dieu a répondu à sa prière.
Elle franchit une nouvelle étape en septembre 1896. Thérèse éprouve des désirs qui lui semblent fous : elle veut être à la fois missionnaire, apôtre, martyr, prêtre, docteur de l'Église. De plus, elle veut vivre pleinement chacune de ces vocations, depuis la création du monde jusqu'à la fin des temps. Elle ouvre alors sa Bible et parcourt le chapitre 12 de la Première épître aux Corinthiens de saint Paul. Paul y compare l'Église à un corps où chaque membre a une place bien définie. Voilà qui lui apporte une réponse et devrait refroidir ses désirs. Mais elle poursuit et lit l'Hymne à la charité, au chapitre 13. Elle réalise soudain que l'amour est au cœur de l'Église : « Je compris que l'amour seul faisait agir les membres de l'Église, que si l'Amour venait à s'éteindre, les Apôtres n'annonceraient plus l'Évangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang... Je compris que l'Amourrenfermait toutes les vocations, que l'Amour était tout, qu'il embrassait tous les temps et tous les lieux... en un mot qu'il est Éternel. » Elle comprend alors que sa vocation, c'est l'Amour.
Le mystère qu'elle approfondit là est celui de la communion des saints. Plus elle aimera, là où elle se trouve, et plus elle participera à la vie de l'Église et soutiendra les différentes vocations sur la terre. Elle ne manque pas de faire alors le lien avec sa petitesse et son acte d'offrande à l'amour miséricordieux, suppliant, encore et encore, Jésus de lui donner « son Amour ». Elle écrit, en 1897, l'année de sa mort : « Voici ma prière : je demande à Jésus de m'attirer dans les flammes de son amour, de m'unir si étroitement à Lui qu'il vive et agisse en moi [...] ».
Ce mouvement d'accueil, dans sa petitesse, de l'amour de Dieu, va la conduire à aimer encore plus ses sœurs carmélites.
La charité fraternelle
En entrant au Carmel, Thérèse a lu la règle et les constitutions de l’ordre. Elle a noté l’importance de la délicatesse fraternelle, qu’elle va s’appliquer à vivre. L'amour qu'elle a pour les autres religieuses n'est pas éthéré. Il se manifeste au contraire par un grand nombre d'attentions très concrètes. C'est aussi par amour pour les âmes qu'elle prie pour elles et fait quotidiennement de petits sacrifices.
Thérèse considère que la charité ne peut exister que lorsqu'elle est détachée de tout égoïsme et de tout amour propre. Depuis sa conversion de Noël 1886, elle a découvert la joie dans l'oubli d'elle-même : « Je sentis, en un mot, la charité entrer dans mon cœur, le besoin de m'oublier pour faire plaisir, et depuis lors je fus heureuse. » Elle affirme qu'« on ne peut faire aucun bien en se recherchant soi-même ». De cette conception découle une vraie exigence : elle décèle ses moindres fautes pour pouvoir lutter contre elles et, surtout, laisser la place à davantage d'attention et de générosité.
Mais c'est à la fin de sa vie qu'elle réalise à quel point l'amour qu'elle a pour Dieu est étroitement lié à celui qu'elle doit avoir pour les autres. Se confiant en 1897 à mère Marie de Gonzague, elle écrit que Dieu lui a fait la grâce cette année de l'aider à comprendre ce qu'est la charité : « Je m'appliquais surtout à aimer Dieu et c'est en l'aimant que j'ai compris qu'il ne fallait pas que mon amour se traduise seulement par des paroles. » Elle médite sur les commandements de l'amour, présents dans l'évangile, et surtout sur la parole dite par le Christ : « Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » (Jean, ch.13 34-35) Elle réalise que sa charité envers ses sœurs est encore imparfaite et décide de les aimer comme le « bon Dieu » les aime. C'est aussi un aboutissement de son offrande à l'amour miséricordieux et de son désir de se faire toute petite pour que Jésus puisse agir en elle : « Oui je le sens lorsque je suis charitable, c'est Jésus seul qui agit en moi ; plus je suis unie à Lui, plus aussi j'aime toutes mes sœurs. »
Ainsi, elle développe une profonde indulgence envers les actes des autres : « Ah, je comprends maintenant que la charité parfaite consiste à supporter les défauts des autres, à ne point s'étonner de leurs faiblesses, à s'édifier des plus petits actes de vertus qu'on leur voit pratiquer... » Elle s'efforce même d'excuser les coupables ou de leur prêter de bonnes intentions.
Un jour, alors qu'elle s'apprête à rendre un service, elle observe qu'une religieuse a la même intention, et elle retient son geste pour lui en laisser le bénéfice. Mais on prend son acte pour de la paresse. Elle médite cette déconvenue : « [...] Je ne saurais dire combien une aussi petite chose me fit de bien à l'âme et me rendit indulgente pour les faiblesses des autres. » Elle découvre combien il est difficile de comprendre les intentions de quelqu'un : « Puisqu'on prend mes petits actes de vertu pour des imperfections, on peut tout aussi bien se tromper en prenant pour vertu ce qui n'est qu'imperfection. » Lorsqu'une sœur ne lui plaît pas, elle essaie d'être particulièrement aimable avec elle.
Confiance dans la miséricorde
La conscience accrue de la miséricorde de Dieu est un aspect essentiel de la petite voie, découverte fin 1894, par Thérèse. À peine a t-elle réalisé qu'en restant petite elle peut devenir sainte, qu'elle s'écrie : « O mon Dieu, vous avez dépassé mon attente et moi je veux chanter vos miséricordes. » Elle a compris que la miséricorde de Dieu est particulièrement grande pour ceux qui se savent faibles, imparfaits et qui comptent sur lui. Ce mot « miséricorde », qui était jusqu'alors assez rare dans ses écrits, vient maintenant au premier plan. Ainsi, c'est encore pour « chanter les miséricordes du seigneur » qu'elle accepte d'écrire, en 1895, ses souvenirs d'enfance, dans ce qui sera connu ensuite comme le manuscrit A. Et dans l'acte d'offrande qu'elle fait en juin de la même année, elle associe cet amour miséricordieux à « des flots de tendresse infinie ».
La miséricorde ne se résume donc pas, pour elle, au pardon de Dieu, même si cette dimension est importante. Elle a aussi trait à la douceur et à la tendresse de Dieu qui se penche sur les plus petits. Dans l'Ancien Testament, le mot hébreu Rah'amim (רחמים) désigne d'abord le sein maternel, puis la tendresse qui en est issue, tendresse miséricordieuse. Ce mot évoque la tendresse maternelle de Dieu pour son peuple et ses enfants, pour les petits et les pauvres. La découverte par Thérèse de la petite voie s'inspire d'ailleurs d'un passage du Livre d'Isaïe (ch 66, 12-13), sur l'amour de Dieu pour son peuple, comparable à celui d'une mère pour ses enfants.
Si la petite voie ouvre, par une plus grande union à Dieu, sur une charité plus parfaite, l'homme demeure pourtant imparfait et peut encore tomber dans le péché. Mais, dans ce cas, il peut recourir, avec confiance, au pardon de Dieu qui le relève. Sur ce point, Thérèse est particulièrement prolixe. Elle dit, s'inspirant, comme souvent, des enfants :« Être petit ... c'est ne point se décourager de ses fautes, car les enfants tombent souvent, mais ils sont trop petits pour se faire beaucoup de mal. » Elle qui a longtemps souffert des scrupules rassure maintenant l'abbé Bellière, qui s'inquiète de ses fautes passées. En juin 1897, Thérèse lui écrit : « Le souvenir de mes fautes m'humilie, me porte à ne jamais m'appuyer sur ma force qui n'est que faiblesse, mais plus encore ce souvenir me parle de miséricorde et d'amour. Comment, lorsqu'on jette ses fautes avec une confiance toute filiale dans le brasier dévorant de l'amour, comment ne seraient-elles pas consumées sans retour ? »
Ce sens de la miséricorde est crucial dans les derniers mois de sa vie, quand elle passe par l'épreuve de la « nuit de la foi ». Durant cette période, elle est assaillie de telles tentations qu'elle comprend mieux ce que vivent les plus grands pécheurs. Pourtant, elle ne cesse de croire en la miséricorde infinie de Dieu pour celui qui revient vers Lui. Elle va jusqu'à dire, en juillet 1897, à sa sœur Pauline : « Dites bien, ma Mère, que si j'avais commis tous les crimes possibles, j'aurais toujours la même confiance, je sens que toute cette multitude d'offenses serait comme une goutte d'eau jetée dans un brasier ardent. »
Sa dernière lettre, à l'abbé Bellière, en août 1897, se termine par ces mots : « Je ne puis craindre un Dieu qui s'est fait pour moi si petit... Je l'aime !... Car il n'est qu'amour et miséricorde ! »

Bibliographie​

 

 

 

 

  • 1926 : Lucie Delarue-MardrusSainte Thérèse de Lisieux, Paris, Eugène Fasquelle. 160 p.
  • 1930 : Antonin EymieuThérèse de Lisieux : la petite voie, la voie héroïque, la voie royale, la voie triomphale, Ed. Publiroc
  • 1934 : Henri GhéonSainte Thérèse de Lisieux, Paris, Flammarion. 235 p.
  • 1939 : Jean MissolSainte Thérèse de Lisieux. Son cœur, sa croix, sa mission, Paris, Desclée De Brouwer. 83 p.
  • 1947 : Maxence Van der Meersch, La Petite sainte Thérèse, Paris, Albin Michel, 1947
  • 1949 : Fernand LaudetSainte Thérèse de Lisieux, Tours, Mame, 257 p.
  • 1950 : Paul ClaudelSainte Thérèse de Lisieux vous parle, Lisieux, Abbaye Notre-Dame-du-Pré, 21 p.
  • 1950 : Collectif : « La petite sainte Thérèse » de Van der Meersch devant la critique et devant les textes, Ed. Saint-Paul, 1950, 562 p.
  • 1953 : Louis ChaigneSainte Thérèse de Lisieux, Paris, Arthème Fayard, collection « Le Livre chrétien », no 8, 128 p.
  • 1954 : André CombesSainte Thérèse de Lisieux et sa mission, les grandes lois de la spiritualité thérésienne, Éditions universitaires, 267 p.
  • 1961 : Père François de Sainte-Marie (Carme), Manuscrits autobiographiques et de visage de Thérèse de Lisieux, Office Central de Lisieux
  • 1963 : Joseph Courtès (sulpicien), La Voie de Thérèse de Lisieux, Paris, Fleurus, 95 p.
  • 1968 : Abbé Hippolyte HonoréLe Message d’une femme, Thérèse de Lisieux, Mulhouse, Éditions Salvator ; Éditions Casterman, 132 p.
  • 1968 : Abbé Jean Lafrance,Thérèse de Lisieux et sa mission pastorale, essai de pédagogie thérésienne, Éditions Desclée De Brouwer, 295 p.
  • 1971 : René LaurentinThérèse de Lisieux : Mythes et réalité
  • 1972 : Guy GaucherLa Passion de Thérèse de Lisieux : 4 avril-30 septembre 1897, Éditions du Cerf ; Éditions Desclée De Brouwer, 251 p.
  • 1972 : Gabriel Arminjon, Charles Arminjon : ... ce prêtre qui inspira Thérèse de Lisieux, Éditions Beauchesne, Coll. « Figures d'hier et d'aujourd'hui », 228 p.
  • 1972 : Jean-François SixLa véritable enfance de Thérèse de Lisieux, Paris, Le Seuil, 275 p.
  • 1974 : Émile RideauThérèse de Lisieux, la nature et la grâce, Fayard, 376 p. Prix Juteau-Duvigneaux
  • 1982 : Joseph Courtès, « La Vie de Thérèse de Lisieux », dans les Annales de sainte Thérèse de Lisieuxno 602, mai 1982, 25 p.
  • 1982 : Guy GaucherHistoire d'une vie Thérèse Martin, Paris, Le Cerf, Coll. « Foi Vivante », 268 p.
  • 1991 : Pierre Descouvemont et Helmuth Nils LooseThérèse et Lisieux, Éditions du Cerf, 1991 (Biographie et recueil d'illustrations sur la vie quotidienne de Thérèse de Lisieux)
  • 1992 : Œuvres complètes, Thérèse de Lisieux, Éditions critiques réalisée sous la direction de Jacques Lonchampt, avec le concours de Mgr Guy Gaucher, Éditions du Cerf et Desclée De Brouwer, 1992
  • 1995 : Jean GuittonLe Génie de Thérèse de Lisieux, Paris, Éditions de l’Emmanuel, 157 p.
  • 1995 : Jean-François SixLumière de la nuit : les dix-huit derniers mois de Thérèse de Lisieux, Paris, Le Seuil, 268 p.
  • 1996 : Pierre MabilleThérèse de Lisieux, Paris, Allia, 112 p.
  • 1996 : Fernand OuelletteJe serai l'Amour : trajets avec Thérèse de Lisieux, Montréal, Fides, 430 p.
  • 1996 : Jean ChalonThérèse de Lisieux, une vie d'amour, Paris, Cerf/Flammarion, 295 p.
  • 1996 : René LejeuneLa petite voie de sainte Thérèse. Spiritualité et neuvaine, Hauteville/Suisse, Editions du Parvis, 80 p.
  • 1997 : Jean-François SixVie de Thérèse de Lisieux, Seuil, 02/1997
  • 1997 : Rémi Mauger, Bernard Gouley, Emmanuelle ChevalierThérèse de Lisieux, ou La Grande Saga d'une Petite Sœur 1897-1997, Éditions Fayard, 300 p.
  • 1997 : Jean-François Six Thérèse de Lisieux par elle-même – tous ses écrits de janvier 1895 à Pâques 1896, Thérèse de l’Enfant Jésus, Grasset, 09/1997
  • 1998 : Maurice BelletThérèse et l'Illusion, Paris, Desclée De Brouwer, 111 p.
  • 1998 : Jean-François SixThérèse de Lisieux, son combat spirituel, sa voie, Paris, Le Seuil, 439 p. (ISBN 2-02-034847-0)
  • 2000 : Guy Lehideux (textes) et Charlie Kieffer (dessins), Sainte Thérèse de Lisieux, Étampes, Clovis, coll. « Chemins de lumière ». 38 p. bande dessinée.
  • 2001 : Pierre-Jean Thomas-LamotteGuérir avec Thérèse, Paris, Téqui, 232 pages.
  • 2002 : Claude LangloisLe désir de sacerdoce chez Thérèse de Lisieux ; suivi de Les trois vies de Thérèse au carmel. Paris, Salvator, coll. « Pierres d’angle ». 230 p.
  • 2003 : Jean ClapierAimer jusqu'à mourir d'amour. Thérèse et le mystère pascal, Paris, Le Cerf, 557 p.
  • 2004 : Jean ClapierUne voie de confiance et d'amour. L'itinéraire pascal de Thérèse de Lisieux, Paris, Le Cerf, 197 p.
  • 2005 : Conrad De MeesterHistoire d'une âme. Nouvelle édition critique, Presses de la Renaissance, Paris, 404 p. (ISBN 2-7509-0079-4)
  • 2006 : Bernard BonnejeanLa Poésie thérésienne. L'Évangile m'apprend et mon cœur me révèle, Le Cerf, 293 p.
  • 2007 : Dimitri MerejkovskiPetite Thérèse, L'Âge d'homme, 120 p.
  • 2007 : Noëlle HausmanThérèse de Lisieux, docteur de l’Église, Paris, Desclée de Brouwer, 300 p.
  • 2007 : Cyrille Misérolle-VelpryThérèse Martin, une enfant ordinaire avec une destinée extraordinaire (épuisé)
  • 2007 : Christophe DauphinThérèse, Cordes-sur-Ciel, éditions Rafael de Surtis, 2007, 40 p. (ISBN 978-2-84672-108-0)
  • 2007 : Jérôme Beau, Guy Gaucher, Pierre d'Ornellas, Michel Evdokimov et al.Thérèse de Lisieux docteur de la vérité : Session d'étude préparée par les étudiants de la Faculté Notre-DameParole et Silence
  • 2008 : Patrick AutréauxThérèse de Lisieux. La confiance et l'abandon. Textes choisis, Le Seuil, coll. « Points ; Voix Spirituelles Sagesses », 95 p.
  • 2010 : Jean ClapierThérèse de Lisieux au risque de la psychologie, Paris, Presses de la Renaissance, 200 p.
  • 2010 : Guy GaucherSainte de Thérèse de Lisieux (1873-1897), Le Cerf, 683 p. (ISBN 978-2-204-09270-8)
L'abandon est le fruit délicieux de l’Amour

Poème de Sainte Thérèse de Lisieux

Il est sur cette terre
Un Arbre merveilleux
Sa racine, ô mystère
Se trouve dans les Cieux !

Jamais sous son ombrage
Rien ne saurait blesser
Là sans craindre l'orage
On peut se reposer

De cet Arbre ineffable
L'Amour voila le nom
Et son fruit délectable
S'appelle l'Abandon

Ce fruit dès cette vie
Me donne le bonheur
Mon âme est réjouie
Par sa divine odeur

Ce fruit quand je le touche
Me parait un trésor
Le portant à ma bouche
Il m'est plus doux encore

Il me donne en ce monde
Un océan de paix
En cette paix profonde
Je repose à jamais...

Seul l'Abandon
En tes bras, ô Jésus
C'est lui qui me fait vivre
De la vie des Élus

À toi je m'abandonne
O mon Divin Époux
Et je n'ambitionne
Que ton regard si doux

Moi je veux te sourire
M'endormant sur ton coeur
Je veux encore redire
Que je t'aime, Seigneur !

Comme la pâquerette
Au calice vermeil
Moi petite fleurette
Je m'entrouvre au soleil

Mon doux Soleil de vie
O mon Aimable Roi
C'est ta Divine Hostie
Petite comme moi

De sa Céleste Flamme
Le lumineux rayon
Fait naître dans mon âme
Le parfait Abandon

Toutes les créatures
Peuvent me délaisser
Je saurais sans murmures
Près de toi m'en passer

Et si tu me délaisses
O mon Divin Trésor
Privée de tes caresses
Je veux sourire encore

En paix, je veux attendre
Doux Jésus, ton retour
Et sans jamais suspendre 
Mes cantiques d'amour

Non rien de m'inquiète
Rien ne peut me troubler
Plus haut que l’alouette
Mon âme sait voler.

Au-dessus des nuages 
Le Ciel est toujours bleu 
On touche les rivages 
Où règne le Bon Dieu.

J’attends en paix la gloire 
Du Céleste séjour 
Car je trouve au Ciboire 
Le doux Fruit de l’Amour !

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