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Publié par Lolie

Début : Marie-Françoise Thérèse Martin

(suite)

Transformée et épanouie, Thérèse se développe sur tous les plans. Elle se rapproche alors de Céline, sa nouvelle confidente. Avec la permission de son confesseur, elle communie quatre à cinq fois par semaine, ce qui la fait pleurer de joie : 

« Je sentais en mon cœur des élans inconnus jusqu'alors, parfois j'avais de véritables transports d'amour. »

Tout l'intéresse, et elle lit énormément, notamment L'Imitation de Jésus-Christ qu'elle connaît par cœur et qu'on s'amuse à lui faire réciter quand elle se rend chez les Guérin.

Elle ressent à cette époque le besoin de prier pour la conversion des pécheurs. Les journaux parlent alors abondamment d'un condamné à mort, Henri Pranzini, qu'ils présentent comme un monstre, car il n'a jamais exprimé le moindre regret de ses meurtres. L'exécution doit avoir lieu au cours de l'été 1887 et Thérèse décide d'obtenir sa conversion. Elle fait pour cela des sacrifices et prie plus intensément encore. Confiante dans la miséricorde de Dieu, elle lui demande un simple signe de conversion afin d'être encouragée dans ses prières. Lors de son exécution, Pranzini refuse de voir le prêtre mais, au dernier moment, il se retourne et embrasse la Croix avant de mourir.

Le récit de la mort de Pranzini, qu'elle lit dans le journal de son père, marque Thérèse et conforte sa vocation. Elle devra consacrer sa vie au Carmel et devenir religieuse, afin de prier pour tous les pécheurs. Elle poursuit ses prières pour Pranzini et demande que des messes soient célébrées pour celui qu'elle appelle son « premier enfant ».

Cet épisode éclaire un aspect capital de la théologie que développera Thérèse de Lisieux, celle de la miséricorde divine : elle est certaine que Dieu a pardonné à Pranzini. Cette vision est d'autant plus radicale que l'opinion publique et les journaux de l'époque n'ont que très peu d'indulgence envers les criminels.

Thérèse se sent désormais prête à entrer au carmel de Lisieux, elle en a même fixé la date : le 25 décembre 1887, jour anniversaire de sa conversion. Elle sait également qu'il lui faudra surmonter de nombreux obstacles et, songeant peut-être à Jeanne d'Arc, elle se déclare décidée à 

« conquérir la forteresse du Carmel à la pointe de l'épée ».

Il lui faut d'abord obtenir le consentement de sa famille et notamment de son père. Déterminée, mais timide, elle hésite avant de lui confier son secret, d'autant que Louis Martin a subi quelques semaines plus tôt une petite attaque qui l'a laissé paralysé pendant plusieurs heures. Le 2 juin 1887, jour de la Pentecôte, après avoir prié toute la journée, elle lui présente sa requête le soir, dans le jardin des Buissonnets. Louis lui objecte sa jeunesse, mais il se laisse vite convaincre par sa fille. Il ajoute que Dieu lui fait « un grand honneur de lui demander ainsi ses enfants ».

Statue représentant Thérèse et son père : elle lui demande l'autorisation d'entrer au carmel

Ses sœurs sont partagées : Marie cherche à retarder la décision, tandis que Pauline l'encourage. Céline, qui souffre par avance du départ de sa sœur, la soutient néanmoins.

Mais un obstacle de taille se dresse en octobre 1887 : l'oncle Isidore, subrogé-tuteur des filles Martin, met son veto au projet de sa nièce. Prudent, le pharmacien de Lisieux craint le « qu'en-dira-t-on » et, s'il ne met pas en doute la vocation religieuse de Thérèse, il lui demande d'attendre l'âge de dix-sept ans. La jeune fille, confiante malgré tout, se confie à Pauline. Mais, du 19 au 22 octobre, elle éprouve pour la première fois de sa vie une aridité intérieure. Cette 

« nuit profonde de l'âme »

 la désoriente, elle qui a reçu tant de grâces depuis Noël. Devant son désarroi au parloir, Pauline se décide à écrire à Isidore Guérin. Celui-ci, par estime pour sa filleule, donne finalement son accord le 22 octobre.

Thérèse n'est pourtant pas au bout de ses peines, puisqu'elle se heurte maintenant au refus catégorique du chanoine Delatroëtte, supérieur du carmel. Échaudé par l'échec d'une affaire semblable, dont tout le monde parle à Lisieux, il n'accepte plus de postulante de moins de vingt-et-un ans. Seul l'évêque pourrait le faire fléchir. Pour consoler sa fille en larmes, Louis promet de lui faire rencontrer Mgr Hugonin. Celui-ci reçoit Thérèse à Bayeux le 31 octobre, et l'écoute exprimer le vœu de se consacrer à Dieu, qu'elle éprouve depuis qu'elle est enfant. Mais il remet sa décision à plus tard, quand il aura pris l'avis du chanoine Delatroëtte.

Il ne reste plus qu'un espoir : le pape Léon XIII, que Louis Martin doit rencontrer prochainement au cours d'un pèlerinage à Rome organisé par le diocèse de Coutances. Thérèse et Céline seront du voyage, dont le départ est fixé au 4 novembre 1887.

Le pèlerinage auquel se joint la famille Martin est organisé à l'occasion du jubilé de Léon XIII. Emmené par l'évêque de Coutances, il réunit près de deux cents pèlerins, dont soixante-quinze prêtres. En l'absence de Mgr Hugonin, c'est l'abbé Révérony, son vicaire général, qui le représente. Le prix du voyage a opéré une sélection sévère : le quart des pèlerins appartient à la noblesse.

Le rendez-vous étant fixé à Paris, Louis Martin profite de l'occasion pour faire visiter la capitale à ses filles. C'est pendant une messe à Notre-Dame des Victoires, une église chère à Louis, que Thérèse est enfin délivrée du dernier de ses doutes : c'est bien la Vierge qui lui a souri et l'a guérie de sa maladie. Elle lui confie le voyage et sa vocation.

Un train spécial les conduit en Italie, après avoir traversé la Suisse. La jeune fille ne se lasse pas d'admirer les paysages qu'elle découvre pendant le voyage. Elle est consciente de ce qu'elle perdra : 

« je me disais : plus tard, à l'heure de l'épreuve, lorsque prisonnière au Carmel, je ne pourrai contempler qu'un petit coin de ciel étoilé, je me souviendrai de ce que je vois aujourd'hui ».

Les pèlerins sont reçus dans les meilleurs hôtels. Autrefois timide et réservée, Thérèse se montre très à l'aise dans tout ce luxe, au milieu de cette bonne société. La benjamine du pèlerinage, vive et jolie avec ses belles toilettes, ne passe pas inaperçue.

Les visites s'enchaînent : MilanVeniseBologneNotre-Dame de Lorette ; enfin, c'est l'arrivée à Rome. Au Colisée, Thérèse brave les interdictions et entre dans l'arène pour baiser le sable où le sang des martyrs a coulé. Elle demande la grâce d'être martyre pour Jésus, puis ajoute : 

« Je sentis au fond de l'âme que ma prière était exaucée. » 

Elle cherche à tout voir, tout visiter ... les journées ne sont pas assez longues. D'ailleurs, sa fougue juvénile ne plaît pas à certains ecclésiastiques.

Mais Thérèse n'oublie pas le but de son voyage. Une lettre reçue de sa sœur Pauline l'encourage à présenter sa requête au pape. Elle lui répond 

« c'est demain, dimanche, que je parlerai au Pape ».

Le 20 novembre 1887, de bon matin, les pèlerins assistent dans la chapelle pontificale à une messe célébrée par le pape. Puis c'est le moment tant attendu de l'audience : le vicaire général présente chacun à son tour au pape. Mais le vieil homme de soixante-dix-sept ans étant fatigué, on défend aux pèlerins de lui parler. Malgré tout, son tour venu, Thérèse s'agenouille et dit en pleurant : 

« Très Saint-Père, j'ai une grande grâce à vous demander. » 

Le vicaire explique qu'il s'agit d'une jeune fille qui veut entrer au Carmel. « Mon enfant, faites ce que les supérieurs vous diront », répond le pape. La jeune fille insiste : 

« Oh Très Saint-Père, si vous disiez oui, tout le monde voudrait bien. »

Léon XIII lui rétorque : « Allons ... allons ... vous entrerez si le Bon Dieu le veut ! » Mais Thérèse souhaite une parole décisive et attend, les mains jointes sur les genoux du pape. Deux gardes doivent alors la porter jusqu'à la sortie.

Le soir même, elle écrit à Pauline pour lui raconter l'échec : 

« J'ai le cœur bien gros. Cependant, le Bon Dieu ne peut pas me donner des épreuves qui sont au-dessus de mes forces. Il m'a donné le courage de supporter cette épreuve. » 

Bien vite, tout le pèlerinage connaît le secret de Thérèse, et même Lisieux puisqu'un journaliste du journal l'Univers publie l'incident.

Le voyage se poursuit : on visite Pompéi, Naples, Assise ; puis c'est le retour par Pise et Gênes. À Nice, une lueur d'espoir pour Thérèse : le vicaire général promet d'appuyer sa demande. Le 2 décembre, c'est l'arrivée à Paris et, enfin, le lendemain, le retour à Lisieux.

Voici un pèlerinage de près d'un mois qui se solde par un échec pour Thérèse : un « fiasco », écrira Céline. Pourtant, ce voyage est arrivé à point nommé pour sa personnalité en plein développement ; il lui a « plus appris que de longues années d'études ». Pour la première et dernière fois de sa vie, elle a quitté sa Normandie natale : elle a traversé la France, la Suisse, et visité toute l'Italie. Attentive à tout ce qu'elle voyait et entendait, elle a compris quelque chose de l'histoire des peuples et de l'Église. Notamment, elle qui ne connaissait les prêtres que dans l'exercice de leur ministère ; elle les a côtoyés, elle a entendu leurs conversations, pas toujours édifiantes. Elle a découvert qu'ils ne sont pas parfaits, que ce sont simplement des hommes et parfois 

« des hommes faibles et fragiles »

. Elle sait désormais pourquoi le carmel prie spécialement pour eux : 

« J'ai compris ma vocation en Italie. »

Elle a appris également à mieux se connaître : elle s'est révélée gaie, pleine d'humour, très à l'aise dans le monde. Elle a pris conscience de sa féminité et de sa beauté, auxquelles les jeunes Italiens ne sont pas restés indifférents. Elle sent qu'elle pourrait choisir la voie d'un brillant mariage : 

« Facilement, mon cœur se laisserait prendre à l'affection. » 

Mais sa résolution n'en est que plus forte, et c'est « librement » qu'elle accepte de se faire « prisonnière par amour » au carmel. De retour à Lisieux, elle le reconnaît :

« il y avait de quoi ébranler une vocation peu affermie ».

Dès le lendemain du retour, Thérèse se rend au parloir du carmel, où l'on met au point une stratégie. Mais le chanoine Delatroëtte reste intraitable et se méfie des manœuvres des carmélites. Il rabroue mère Geneviève, la fondatrice du carmel de Lisieux, et mère Marie de Gonzague, l'actuelle mère supérieure, venues plaider la cause de Thérèse. M. Guérin intervient à son tour, mais en vain. Le 14 décembre, Thérèse écrit à Mgr Hugonin et à son vicaire général, à qui elle rappelle la promesse faite à Nice. Humainement, tout a été tenté ; il faut désormais attendre et prier.

Le soir de Noël, date anniversaire de sa conversion, Thérèse assiste à la messe de minuit. Elle ne peut retenir ses larmes, mais elle sent que l'épreuve fait grandir sa foi et son abandon à la volonté divine : elle a eu tort de vouloir imposer une date.

Enfin, le 1er janvier 1888, veille de ses quinze ans, elle reçoit une lettre de mère Marie de Gonzague : l'évêque s'en remet à sa décision. Thérèse est donc attendue au carmel mais, ultime délai fixé sur les conseils de Pauline, elle ne pourra entrer qu'en avril, après les rigueurs du  carême. Cette attente est une nouvelle épreuve pour la future postulante, qui y voit pourtant une occasion de se préparer intérieurement.

La date de son départ est finalement fixée au 9 avril 1888, jour de l'Annonciation. Thérèse aura alors quinze ans et trois mois. On peut noter qu'à l'époque, une jeune fille pouvait faire sa profession religieuse à dix-huit ans. Il n'était donc pas rare de voir, dans les ordres religieux, des postulantes et des novices ayant à peine seize ans. La précocité de Thérèse, au regard des habitudes de l'époque, n'est donc pas exceptionnelle.

L'ordre du Carmel a été réformé au xvie siècle par Thérèse d'Avila. La vie au carmel est essentiellement consacrée à la prière personnelle et collective. Les temps de silence et de solitude y sont nombreux, mais la fondatrice a prévu aussi des temps pour le travail ou la détente en commun. L'austérité de cette vie ne doit pas faire obstacle à des relations fraternelles et joyeuses. Toutefois, au cours des siècles, une certaine dérive est apparue, allant dans le sens d'un esprit de pénitence parfois excessif et d'un moralisme étroit. Le carmel de Lisieux n'échappe pas à ces travers, présents dans le christianisme français au xixe siècle.

Fondé en 1838, le carmel de Lisieux compte en 1888 vingt-six religieuses. La moyenne d'âge est de quarante-sept ans. Ces femmes, appelées à prier et vivre en communauté, sont issues de classes sociales et de milieux très divers. Leur scolarité s'étant arrêtée tôt, le niveau culturel des religieuses est assez pauvre. Quelques-unes ont pu bénéficier de plus d'instruction ; c'est par exemple le cas des sœurs Martin, de la mère prieure Marie de Gonzague, et de deux ou trois autres religieuses.

Les horaires sont les suivants :

  • en été, lever à 4 h 45.
  • Prière personnelle de 5 h à 6 h.
  • De 6 h à 8 h : office liturgique et messe.
  • À 8 h, petit déjeuner puis travail.
  • À 10 h : déjeuner, suivi d'un temps de détente en commun.
  • À midi, sieste, temps libre en silence.
  • À 13 h, travail pendant une heure, suivi de l'office liturgique des vêpres.
  • À 14 h 30 : lecture spirituelle. 
  • 15 h : travail. 
  • 17 h : prière personnelle. 
  • 18 h : dîner, suivi d'une heure de récréation et de l'office des complies.
  • À 20 h, temps libre en silence. 
  • À 21 h, office liturgique.
  • Vers 22 h 30 ou 23 h : coucher.

Les religieuses gardent le silence pendant les repas, où une lecture spirituelle à haute voix est faite. L'hiver, le lever est retardé d'une heure et la sieste de midi supprimée.

On le voit, cette vocation est essentiellement contemplative, avec deux heures de prière personnelle, quatre heures et demi d'offices liturgiques, une demi-heure de lecture spirituelle. Restent cinq heures pour le travail manuel (lessive, cuisine, couture, sacristie...), deux heures de temps libre, en silence, et deux heures de temps de détente en commun.

Pendant la majorité de la vie de Thérèse de Lisieux, la prieure est mère Marie de Gonzague ; de 1874 à 1882, puis de 1886 à 1893 et de 1896 jusqu'à sa mort en 1904. La prieure, responsable de la communauté, était élue pour trois ans et devait obligatoirement céder sa place tous les six ans. Lorsque Thérèse entre au carmel, mère Marie de Gonzague a cinquante-quatre ans. C'est une femme distinguée, convaincante, et dont le jugement est apprécié par les prêtres de Lisieux. Elle est cependant d'humeur changeante. Jalouse de son autorité, elle l'exerce parfois de façon trop hâtive ou capricieuse, ce qui a pour effet un certain relâchement dans le respect des règles établies.

Le postulat de Thérèse commence avec son accueil au carmel, le 9 avril 1888. Dès son entrée, le chanoine Delatroëtte lui rappelle qu'il s'y est toujours personnellement opposé. Cependant, son arrivée a été désirée par de nombreuses sœurs, à commencer par mère Marie de Gonzague. Dès lors, Thérèse ne va t-elle pas trop attirer l'attention sur elle ? Encore si sensible et choyée peu de temps auparavant, réussira-t-elle à s'habituer à ce mode de vie austère ? De plus, avec sœur Agnès de Jésus (Pauline) et sœur Marie du Sacré-Cœur (Marie), les sœurs Martin sont désormais trois dans la communauté. Ne vont-elles pas chercher à recréer l'ambiance familiale des Buissonnets?

Mais la jeune postulante s'adapte bien à son nouvel environnement. Elle écrira : 

« Les illusions, le Bon Dieu m'a fait la grâce de n'en avoir aucune en entrant au Carmel : j'ai trouvé la vie religieuse telle que je me l'étais figurée, aucun sacrifice ne m'étonna [...] »

Ses deux sœurs aînées veulent s'occuper d'elle comme si elles étaient encore aux Buissonnets. C'est alors Thérèse qui les aide à prendre leurs distances. Elle cherche surtout à se conformer à la règle et aux habitudes du carmel, qu'elle apprend chaque jour avec quatre religieuses novices. Plus tard, devenue assistante de la maîtresse des novices, elle répètera à quel point le respect de la règle est important, faisant de son expérience une maxime : 

« Quand toutes manqueraient à la Règle, ce n’est pas une raison pour nous justifier. Chacune devrait agir comme si la perfection de l’Ordre dépendait de sa conduite personnelle. »

 Thérèse affirme aussi le rôle essentiel de l'obéissance dans la vie religieuse : 

« Lorsqu'on cesse de regarder la boussole infaillible [de l'obéissance] [...], aussitôt l'âme s'égare dans des chemins arides où l'eau de la grâce lui manque bientôt. »

Dès le 17 mai, mère Marie de Gonzague écrit d'elle :

« [...] jamais je n'aurais pu croire à un jugement aussi avancé en quinze années d'âge ! pas un mot à lui dire, tout est parfait »

. Pourtant, la mère prieure ne la ménage pas. À chaque rencontre, elle l'humilie d'une façon ou d'une autre, voulant peut-être éprouver sa vocation ou réduire son orgueil. C'est d'autant plus douloureux pour Thérèse qu'elle admire la prieure. Elle aimerait se confier davantage à elle, ou lui demander l'une ou l'autre permission. Elle résiste pourtant à ce désir.

Elle choisit comme père spirituel un jésuite, le père Pichon. Lors de leur première rencontre, elle fait une confession générale, revenant sur tous ses péchés passés. Elle en ressort profondément délivrée. Ce prêtre, qui a lui-même souffert de la maladie des scrupules, la comprend et la rassure. Il lui dit : « En présence du bon Dieu, de la sainte Vierge, et de tous les saints, je déclare que jamais vous n'avez commis un seul péché mortel. » Quelques mois plus tard, le père Pichon part en mission au Canada. Thérèse ne pourra lui demander conseil que par écrit et ses réponses seront malheureusement rares.

Pendant son postulat, Thérèse doit aussi subir quelques brimades d'autres sœurs, en raison de son manque d'aptitude aux travaux manuels. Comme toute religieuse, elle découvre les aléas de la vie en communauté, liés aux différences de tempéraments, de caractères, aux problèmes de susceptibilité ou aux infirmités.

Mais la souffrance la plus vive vient de l'extérieur. Le 23 juin 1888, Louis Martin disparaît de son domicile. Le lendemain, il envoie un télégramme du Havre, sans laisser d'adresse. On le retrouve le 27 juin, dans le bureau de poste du Havre. Il est redevenu lucide, mais sa santé mentale n'en est pas moins affectée. Pour Thérèse, qui a toujours aimé et admiré profondément son père, le coup est douloureux. S'y ajoutent la culpabilité de ne pouvoir être à ses côtés pour l'aider et les rumeurs de la ville dont le carmel se fait l'écho :« Si monsieur Martin est devenu "fou", n'est-ce pas dû au départ de toutes ses filles en religion, surtout de la plus jeune qu'il aimait tant ? » Sur la base des symptômes notés à l'époque, les médecins pensent aujourd'hui que Louis Martin souffrait en fait d'artériosclérose cérébrale.

La fin du postulat de Thérèse a lieu le 10 janvier 1889, avec sa prise d'habit, qui marque son entrée en noviciat. La cérémonie est présidée par l'évêque, Mgr Hugonin. Louis Martin, dont l'état s'est provisoirement stabilisé, peut y assister. Elle porte désormais l'habit des carmélites : la bure brune et le voile (qui est blanc pour les novices). Elle choisit le nom de

« sœur Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face ».

Douze jours à peine après sa prise d'habit, son père a une crise particulièrement grave. Il délire, se croit sur un champ de bataille, empoigne un revolver... Il doit être désarmé de force et est interné à l'asile du Bon Sauveur à Caen. Pour les sœurs Martin, qui ont toujours vénéré leur père, l'épreuve est terrible, voire incompréhensible. Face à tous les commentaires, Thérèse opte pour le silence. Elle s'appuie sur la prière, s'aidant de versets de la Bible. L'analyse graphologique, faite au xxe siècle, de ses lettres la montre dans un état de grande tension, parfois au bord de la rupture.

Dans cette période, elle approfondit le sens de sa vocation : mener une vie cachée, prier et offrir ses souffrances pour les prêtres, oublier son amour-propre, multiplier les actes discrets de charité. Elle qui veut devenir une grande sainte ne se fait pas d'illusion sur elle-même. Elle écrira : 

« Je m'appliquais surtout à pratiquer les petites vertus, n'ayant pas la facilité d'en pratiquer les grandes. »

 Elle s'imprègne de l'œuvre de Jean de la Croix, lecture spirituelle peu commune à l'époque, surtout pour une si jeune religieuse.

La contemplation de la Sainte Face nourrit sa vie intérieure. Il s'agit d'une image représentant le visage défiguré de Jésus lors de sa passion. Elle approfondit sa connaissance et son amour pour le Christ en méditant sur son abaissement à l'aide du passage du Livre d'Isaïe sur le serviteur souffrant (Isaïe 53, 1-2). Elle dira 

« Moi aussi, je désirais être sans beauté, seule à fouler le vin du pressoir, inconnue de toute créature. »

 Cette méditation l'aide aussi à comprendre la situation humiliante de son père. Elle avait toujours vu ce dernier comme une figure de son 

« Père du Ciel »

. Elle découvre désormais l'épreuve de Louis Martin à travers celle du Christ, humilié et méconnaissable.

Thérèse trouve un réconfort dans l'amitié spirituelle forte qu'elle entretient avec la fondatrice du carmel de Lisieux, mère Geneviève. Celle-ci l'aide et la guide à plusieurs reprises dans sa vie de religieuse. Thérèse en fera plus tard l'éloge : 

« [...] je ne vous ai encore rien dit de mon bonheur d'avoir connu notre sainte mère Geneviève. C'est une grâce inappréciable que celle-là ; eh bien, le Bon Dieu qui m'en avait déjà tant accordé a voulu que je vive avec une « Sainte », non point inimitable, mais une Sainte sanctifiée par des vertus cachées et ordinaires. »

Ainsi, mère Geneviève lui conseille de servir Dieu, « avec paix et avec Joie, rappelez-vous, mon enfant, que notre Dieu, c'est le Dieu de la paix ».

Le 8 septembre 1890, à dix-sept ans et demi, elle fait sa profession religieuse. Cette cérémonie se passe à l'intérieur du carmel. La jeune carmélite rappelle pourquoi elle répond à cette vocation : 

« Je suis venue pour sauver les âmes et surtout afin de prier pour les prêtres. »

Le 24 septembre 1890 a lieu la cérémonie, publique cette fois, de la prise de voile. Son père ne peut y assister, ce qui attriste fortement Thérèse. C'est toutefois, d'après mère Marie de Gonzague, une religieuse accomplie qui prend le voile : « [...] cette ange d'enfant a 17 ans et demi et la raison de trente ans, la perfection religieuse d'une vieille novice, consommée dans l'âme et la possession d'elle-même, c'est une parfaite religieuse [...] ».

Les années qui suivent sont celles de la maturation de sa vocation. Thérèse prie sans grandes émotions sensibles, mais avec fidélité. Elle évite de se mêler des débats qui troublent parfois la vie communautaire. Elle multiplie les petits actes de charité et d'attention aux autres, rendant de menus services, sans les signaler. Elle accepte en silence les critiques, même celles qui peuvent être injustes et sourit aux sœurs qui sont déplaisantes avec elle. Elle essaie de tout faire, y compris les plus petites choses, par amour et avec simplicité. Elle prie toujours beaucoup pour les prêtres, et particulièrement pour le père Hyacinthe Loyson, célèbre prédicateur qui a été excommunié en 1869 et a ensuite quitté l'Église catholique.

L'aumônier du carmel, l'abbé Youf, est un homme scrupuleux, qui insiste beaucoup sur la peur de l'enfer. Des prédicateurs de retraites spirituelles partagent le même défaut. Cela n'aide pas Thérèse qui vit, en 1891, de « grandes épreuves intérieures de toutes sortes ». Mais la retraite d'octobre 1891 est cette fois prêchée par le père Alexis Prou, qui insiste sur la miséricorde, la confiance et l'abandon entre les mains d'un Dieu aimant. Cela confirme Thérèse dans ses intuitions profondes. Elle écrira : 

« Il me lança à pleine voile sur les flots de la confiance et de l'amour qui m'attiraient si fort mais sur lesquels je n'osais avancer. »

L'hiver 1891-1892, une épidémie d'influenza s'abat sur la France. Le carmel de Lisieux n'est pas épargné. Quatre religieuses meurent de cette maladie. Et toutes les sœurs sont atteintes, à l'exception de trois d'entre elles, dont Thérèse. Celle-ci se dépense sans compter pour ses sœurs alitées. Elle prodigue des soins, participe à l'organisation de la vie du carmel, fait preuve de courage et force d'âme dans l'adversité, notamment quand elle doit préparer l'enterrement de religieuses décédées. La communauté, qui la jugeait parfois peu utile et empruntée, la découvre désormais sous un autre jour.

Sa vie spirituelle se nourrit de plus en plus des Évangiles, qu'elle porte toujours sur elle. Cette habitude n'était pas courante à l'époque. On préférait lire les commentaires de la Bible que de se référer directement à cette dernière. Thérèse y cherche directement « la parole de Jésus », qui l'éclaire dans ses oraisons et sa vie quotidienne.

En 1893, mère Marie de Gonzague arrive au terme de son deuxième mandat consécutif de prieure. Elle ne peut donc se représenter. C'est Pauline, sœur Agnès de Jésus en religion, qui est élue, le 20 février 1893, prieure du carmel pour trois ans. Cette situation n'est pas des plus faciles pour Pauline, désormais appelée mère Agnès, et ses sœurs. Mère Marie de Gonzague compte toujours exercer son influence. De plus, le chanoine Delatroëtte encourage publiquement mère Agnès à se laisser conseiller par l'ancienne prieure. Elle devra donc se montrer particulièrement diplomate. En outre, elle ne doit pas donner l'impression qu'elle pourrait favoriser ses deux sœurs, Marie du Sacré-Cœur et Thérèse.

Mère Marie de Gonzague devient pendant cette période maîtresse des novices. Mère Agnès demande à Thérèse de l'aider dans cette tâche. Son rôle consiste à apprendre aux novices la vie religieuse. Thérèse se trouve dans une situation délicate. Elle doit à la fois obéir à sa sœur, devenue prieure, et à mère Marie de Gonzague, les deux femmes étant parfois en désaccord. Sa conception de l'obéissance en fait une assistante docile, même si elle n'hésite pas à donner son point de vue, quand on le lui demande. Ainsi, elle donne un avis contraire à celui de mère Marie de Gonzague, qui refusait à l'une des novices de faire profession.

Alors qu'une carmélite quitte le noviciat après trois ans, Thérèse demande, le 8 septembre 1893, à y rester définitivement. Elle gardera donc un statut inférieur à la plupart des autres religieuses, ne pouvant exercer de charges importantes. Elle aura toujours des permissions à demander, ainsi qu'un horaire et des réunions obligatoires propres aux sœurs du noviciat.

En 1894, Thérèse écrit ses premières Récréations pieuses. Ce sont de petites pièces de théâtre, jouées par quelques religieuses pour le reste de la communauté, à l'occasion de certaines fêtes. Sa première création est consacrée à Jeanne d'Arc, qu'elle a toujours admirée, et dont la cause de béatification vient d'être introduite. Son talent pour l'écriture étant reconnu, d'autres pièces lui seront confiées, dont une seconde sur Jeanne d'Arc, réalisée en janvier 1895. Elle écrit également des poèmes spirituels à la demande des autres religieuses.

Au début de cette même année, elle commence à être prise de maux de gorge et de douleurs dans la poitrine. Malheureusement, mère Agnès n'ose pas faire appel à un autre médecin que le docteur de Cornière, grand ami de mère Marie de Gonzague, et médecin officiel de la communauté. Le cousin par alliance de Thérèse, Francis la Néele, médecin à Lisieux, ne peut donc l'examiner.

Le 29 juillet 1894, Louis Martin décède. Toujours malade, il était gardé et soigné par Céline, sa quatrième fille. Celle-ci pense aussi, depuis plusieurs années, au carmel. Soutenue par les lettres de Thérèse, elle a entretenu ce désir de se consacrer à Dieu malgré deux demandes en mariage. Céline hésite pourtant encore entre la vie de carmélite et une vie plus active, au service d'une mission menée par le père Pichon au Canada. Finalement, suivant le conseil de ses sœurs, elle choisit le Carmel. Elle rentre au carmel de Lisieux le 14 septembre 1894. En août 1895, les quatre sœurs Martin seront rejointes par leur cousine, Marie Guérin.

En 1894 est célébré le centenaire du martyr des carmélites de Compiègne. Cet événement a une grande répercussion dans toute la France, et encore plus dans les carmels de France. Les religieuses du Carmel de Compiègne demandent aux sœurs de Lisieux de contribuer à la décoration de leur chapelle. Thérèse de l'Enfant-Jésus et Thérèse de Saint-Augustin vont broder des oriflammes. Cette dernière témoignera, au procès de béatification de Thérèse, du zèle et du dévouement de celle-ci en cette circonstance. La petite Thérèse déclarait même : 

« Quel bonheur si nous avions le même sort ! Quelle grâce. »

Le 8 septembre 1896, Mgr de Teil, qui instruit alors le procès en béatification des carmélites de Compiègne, vient faire un exposé à Lisieux sur la vie et la mort de ces religieuses. C'est précisément à cette période que Thérèse écrit son Manuscrit B :

(« Le Martyre, voilà le rêve de ma jeunesse, ce rêve il a grandi avec moi sous les cloîtres du Carmel... Mais là encore je sens que mon rêve est une folie, car je ne saurais me borner à désirer un genre de martyre ... Pour me satisfaire il me les faudrait tous... »)

On a retrouvé trois images représentant les carmélites de Compiègne dans les livres utilisés par Thérèse. Les images étaient annotées par Thérèse. Dans ses Derniers entretiens, en date du 17 juillet, elle inscrit une note concernant sœur Constance de Jésus.

Thérèse est entrée au carmel avec le désir de devenir une grande sainte. Mais, fin 1894, au bout de six années, force lui est de reconnaître que cet objectif est pratiquement impossible à atteindre. Elle a encore de nombreuses imperfections et n'a pas le charisme de Thérèse d'Avila, Paul de Tarse et tant d'autres. Surtout, elle qui est très volontariste, voit bien les limites de tous ses efforts. Elle reste petite et bien loin de cet amour sans faille qu'elle voudrait pratiquer. Elle comprend alors que c'est sur cette petitesse même qu'elle peut s'appuyer pour demander l'aide de Dieu. Dans la Bible, le verset « Si quelqu'un est tout petit, qu'il vienne à moi ! » (Livre des Proverbes, ch.4, verset 9) lui donne un début de réponse. Elle qui se sent si petite et incapable peut se tourner vers Dieu avec confiance. Mais alors, que va t-il se passer ? Un passage du Livre d'Isaïe lui donne une réponse qui l'encourage profondément : « Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux. » (Livre d'Isaïe, 66, 12-13) Elle conclut que Jésus lui-même va la porter au sommet de la sainteté. Elle écrira : 

« l'ascenseur qui doit m'élever au ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela, je n'ai pas besoin de grandir, au contraire, il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus. ».

La petitesse de Thérèse, ses limites deviennent ainsi motifs de joie, plus que de découragement. Car c'est là que va s'exercer l'amour miséricordieux de Dieu pour elle. Dans ses manuscrits, elle donne à cette découverte le nom de

« petite voie »

. Dès février 1895, elle va régulièrement signer ses lettres en ajoutant

« toute petite »

devant son nom. Jusque là, Thérèse employait le vocabulaire de la petitesse pour rappeler son désir d'une vie cachée et discrète. À présent, elle l'utilise aussi pour manifester son espérance : plus elle se sentira petite devant Dieu, plus elle pourra compter sur lui.

C'est aussi pendant cette période qu'elle commence, à la demande de mère Agnès, d'écrire ses mémoires. Elle poursuit également l'écriture de pièces de théâtres et de cantiques, dont le plus connu est Vivre d'amour.

Le 9 juin 1895, lors de la fête de la sainte Trinité, Thérèse a l'inspiration soudaine qu'il lui faut s'offrir en victime d'holocauste à

« l'amour miséricordieux »

. À l'époque, certaines religieuses s'offraient comme victime à la justice de Dieu. Leur intention était de souffrir, à l'image du Christ, et en union avec lui, pour suppléer aux pénitences que ne faisaient pas les pécheurs. Ces religieuses qui s'offraient de la sorte pouvaient être atteintes de maladies particulièrement longues et douloureuses et on ne manquait pas de faire le lien entre leur souffrance et l'offrande qu'elles avaient faite. La veille, le 8 juin, Thérèse a encore entendu, au carmel, la vie et la terrible agonie d'une d'entre elles, sœur Marie de Jésus, carmélite de Luçon, qui s'était bien souvent offerte comme victime à la justice divine Tout en admirant la générosité de cette offrande, Thérèse ne se voit pas la faire elle-même. La petite voie qu'elle vient de découvrir quelques mois auparavant l'encourage à innover en s'offrant plutôt à l'amour et à la miséricorde de Dieu. Elle a l'intuition que Dieu est une fontaine intarissable d'amour mais que ces flots de tendresse sont comme comprimés car les hommes ne les accueillent pas. Elle s'offre alors, le 11 juin, à l'amour miséricordieux afin de recevoir de Dieu cet amour qui lui manque pour accomplir tout ce qu'elle voudrait faire :

 « Oh mon Dieu ! Trinité Bienheureuse, je désire vous Aimer et vous faire Aimer, travailler à la glorification de la Sainte Église en sauvant les âmes [...]. Je désire accomplir parfaitement votre volonté et arriver au degré de gloire que vous m'avez préparé dans votre royaume, en un mot, je désire être Sainte, mais je sens mon impuissance et je vous demande, oh mon Dieu ! d'être vous même ma sainteté. »

 Quelques jours plus tard, alors qu'elle prie le chemin de croix, elle est prise d'un amour intense pour le « bon Dieu » : 

« Je brûlais d'amour et je sentais qu'une minute, une seconde de plus, je n'aurais pu supporter cette ardeur sans mourir. »

 Elle voit dans cet épisode, qui est rapidement suivi du sentiment de sécheresse spirituel qu'elle connaît habituellement, la confirmation que son acte d'offrande est accepté par Dieu.

En août 1895, les quatre sœurs Martin sont rejointes par leur cousine, Marie Guérin. En octobre, un jeune séminariste, l'abbé Maurice Bellière, demande au carmel de Lisieux qu'une religieuse soutienne, par la prière et les sacrifices, sa vocation missionnaire. Mère Agnès désigne Thérèse, qui, ayant toujours rêvé d'avoir un frère prêtre, en est ravie. Elle multiplie les petits sacrifices qu'elle offre pour la mission du futur prêtre, et l'encourage par ses lettres. Et, en février 1896, elle connaît une autre joie avec la profession religieuse de sa sœur Céline (sœur Geneviève, au carmel).

Le 21 mars 1896 a lieu l'élection de la prieure. Après ces trois années où, comme l'imposait le règlement, elle a dû céder la place, mère Marie de Gonzague s'attend à retrouver sa charge de prieure. Mais les élections sont tendues et mère Marie de Gonzague ne l'emporte que de justesse, devant mère Agnès. Émue par ce qui vient de se passer, mère Marie de Gonzague décide de garder, tout en étant prieure, la fonction de maîtresse des novices. Elle choisit, comme adjointe, Thérèse. Celle-ci est, de fait, responsable de la formation du noviciat, sans en avoir officiellement le titre. Les autres novices le savent et, qui plus est, sont en majorité ses aînées. Thérèse vit cette mission délicate avec pédagogie, s'adaptant à la personnalité de chacune, mais sans faire de concession. Elle veut aider les religieuses à devenir de vraies carmélites, même si le prix à payer est d'être jugée parfois trop sévère.

Vis-à-vis de mère Marie de Gonzague, Thérèse reste dans la plus grande obéissance, accomplissant à la lettre, selon le témoignage d'une de ses novices, « la multitude de petits règlements que mère Marie de Gonzague établissait ou détruisait au gré de ses caprices, règlements instables dont la communauté tenait peu de compte ».

Pendant le carême 1896, Thérèse suit rigoureusement les exercices et les jeûnes. Dans la nuit du Jeudi au Vendredi saint, elle est victime d'une première crise d'hémoptysie. Elle signale celle-ci à mère Marie de Gonzague, tout en insistant sur le fait qu'elle ne souffre pas et n'a besoin de rien. Une seconde crise se reproduit la nuit suivante. Cette fois, la prieure s'inquiète et autorise son cousin, le docteur La Néele, à l'ausculter. Celui-ci pense que le saignement a pu provenir de la rupture d'un vaisseau sanguin dans la gorge. Thérèse ne se fait aucune illusion sur son état de santé, mais elle n'éprouve aucune crainte. Bien au contraire, car la mort va bientôt lui permettre de monter au ciel et de retrouver celui qu'elle est venu chercher au carmel : sa joie est à son comble. Elle continue de participer à toutes les activités du carmel, sans ménager ses forces.

Cette période difficile est aussi une période de déréliction, ou « nuit de la foi ». Pendant la semaine sainte 1896, elle entre soudain dans une nuit intérieure. Le sentiment de foi qui l'animait depuis tant d'années, qui la faisait se réjouir de « mourir d'amour » pour Jésus a disparu en elle. Dans ses ténèbres, il lui semble entendre une voix intérieure se moquer d'elle et du bonheur qu'elle attend dans la mort, alors qu'elle avance vers « la nuit du néant ». Ses combats ne portent pas sur l'existence de Dieu, mais sur la croyance en la vie éternelle. Une seule impression en elle désormais : elle va mourir jeune, pour rien. Elle n'en poursuit pas moins sa vie de carmélite. Seuls les cantiques et les poésies, qu'elle continue à composer à la demande des sœurs, laissent entrevoir son combat intérieur :

« Mon Ciel est de sourire à ce Dieu que j'adore, lorsqu'Il veut se cacher pour éprouver ma foi. »

 Les ténèbres ne la quitteront plus et persisteront jusqu'à sa mort, un an plus tard. Pourtant, elle vit cette nuit comme l'ultime combat, l'occasion de prouver malgré tout son indéfectible confiance en Dieu. Refusant de céder à cette peur du néant, elle multiplie les actes de foi. Elle signifie par là qu'elle continue à croire, bien que son esprit soit envahi par les objections. Ce combat est d'autant plus douloureux qu'elle a toujours manifesté son désir d'être active et de faire beaucoup de bien après sa mort.

À partir de mai 1896, à la demande de mère Marie de Gonzague, Thérèse parraine un second missionnaire : le père Roulland. Sa correspondance avec ses frères spirituels est l'occasion de développer sa conception de la sainteté : 

« Ah ! Mon frère, que la bonté, l'amour miséricordieux de Jésus sont peu connus !... Il est vrai que pour jouir de ces trésors, il faut s'humilier, reconnaître son néant, et voilà ce que beaucoup d'âmes ne veulent pas faire. »

En septembre 1896, Thérèse éprouve toujours de nombreux désirs : elle veut être à la fois missionnaire, martyr, prêtre, docteur de l'Église. Elle lit alors les écrits de saint Paul. Dans la Première épître aux Corinthiens, l'hymne à la charité, au chapitre 13, l'éclaire profondément. Comme un éclair qui la traverse, le sens profond de sa vocation lui apparaît soudain : 

« Ma vocation enfin je l'ai trouvée, MA VOCATION C'EST L'AMOUR !... »

 En effet, la vocation à la charité englobe toutes les autres ; c'est donc elle qui répond à tous les désirs de Thérèse. 

« Je compris que l'Amour renfermait toutes les vocations, que l'Amour était tout, qu'il embrassait tous les temps et tous les lieux. En un mot qu'il est Éternel. »

Thérèse s'évertue alors, de plus en plus, à vivre tout par amour. De nombreux exemples la montrent cherchant à faire le bien des religieuses, tout particulièrement de celles au tempérament difficile. Le père Rouland lui fait connaître Théophane Vénard. Elle découvre ses écrits en novembre 1896, et Théophane devient pour elle un modèle de prédilection. Elle trouve dans sa correspondance de nombreux points communs avec elle : 

« Ce sont mes pensées ; mon âme ressemble à la sienne. »

 Elle recopiera plusieurs passages de Théophane Vénard dans son testament.

Janvier 1897, Thérèse vient d'avoir vingt-quatre ans et elle écrit : 

« je crois que ma course ne sera pas longue ».

Pourtant, malgré l'aggravation de la maladie pendant l'hiver, Thérèse parvient encore à donner le change aux carmélites et à tenir sa place dans la communauté. Mais au printemps, les vomissements, les fortes douleurs à la poitrine, les crachements de sang deviennent quotidiens et Thérèse s'affaiblit.

En avril 1897, elle subit le contrecoup de l'affaire Diana Vaughan. Celle-ci est connue depuis 1895 par ses mémoires, racontant son passage dans les milieux sataniques, suivi de sa conversion grâce à l'exemple de Jeanne d'Arc. Thérèse, frappée comme beaucoup de catholiques par ce témoignage, et admirative d'une prière composée par Diana Vaughan, lui a envoyé quelques lignes. Et Mère Agnès a joint au courrier une photo de Thérèse jouant le rôle de Jeanne d'Arc.

 

Thérèse a aussi écrit, en juin 1896, une courte pièce de théâtre, s'inspirant de la conversion de Diana Vaughan, et intitulée Le Triomphe de l'humilité. Diana Vaughan vivant cachée, c'est un nommé Léo Taxil, ancien anticlérical, converti lui aussi, qui est son intermédiaire auprès de la presse. Mais, à partir de 1896, on se met à douter de sa sincérité. Léo Taxil annonce alors, pour le 19 avril 1897, une conférence qu'il donnera avec la célèbre jeune femme. Lors de cette séance publique, il révèle que Diana Vaughan n'a jamais existé et que cette histoire est un canular monté de toute pièce. L'assistance est scandalisée. Au carmel, on apprend la nouvelle le 21 avril. Et le 24, Thérèse découvre que la photo la représentant en Jeanne d'Arc a été projetée lors de la conférence. Elle vit cet épisode comme une humiliation, et une épreuve, surtout dans cette période où elle est tenaillée par les doutes.

En juin, mère Marie de Gonzague lui demande de poursuivre la rédaction de ses mémoires. Il lui arrive d'écrire dans le jardin, sur la chaise d'infirme utilisée par son père dans les dernières années de sa maladie, et cédée ensuite au carmel. Son état empirant, elle est placée le 8 juillet 1897 à l'infirmerie, où elle restera pendant douze semaines jusqu'à sa mort.

Se sachant condamnée, et vivant toujours cette nuit de la foi qui la prive de l'impression intérieure d'une vie après la mort, Thérèse n'en continue pas moins de dire, à plusieurs reprises, son espérance. Le 17 juillet, elle confie : 

« Je sens que je vais entrer dans le repos... Mais je sens surtout que ma mission va commencer, ma mission de faire aimer le bon Dieu comme je l'aime, de donner ma petite voie aux âmes. Si le bon Dieu exauce mes désirs, mon Ciel se passera sur la terre jusqu'à la fin du monde. Oui, je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre. »

Le 17 août, le docteur La Néele examine Thérèse. Son diagnostic est sans appel : c'est une tuberculose au stade le plus avancé, un poumon est perdu et l'autre atteint, les intestins sont touchés. Ses souffrances sont alors extrêmes : 

« C'est à en perdre la raison. » 

Puis elles s'apaisent dans une dernière phase de rémission ; Thérèse reprend quelques forces, elle retrouve même son humour. Ses sœurs consignent ses paroles. Elles lui demandent comment l'invoquer quand elles prieront plus tard ; elle répond qu'il faudra l'appeler 

« petite Thérèse ».

À partir du 29 septembre 1897, son agonie commence. Elle passe une dernière nuit difficile, veillée par ses sœurs. Au matin, elle leur dit :

« C'est l'agonie toute pure, sans aucun mélange de consolation. »

 Elle demande à être préparée spirituellement à mourir. Mère Marie de Gonzague la rassure, lui disant qu'ayant toujours pratiqué l'humilité, sa préparation était faite. Thérèse réfléchit un instant puis répond : 

« Oui, il me semble que je n'ai jamais cherché que la vérité ; oui, j'ai compris l'humilité du cœur... »

 Sa respiration est de plus en plus courte, elle étouffe. Après plus de deux jours d'agonie, elle est épuisée par la douleur : 

« Jamais je n'aurais cru qu'il était possible de tant souffrir ! Jamais ! Jamais ! Je ne puis m'expliquer cela que par le désir ardent que j'ai eu de sauver des âmes. »

 Vers sept heures du soir, elle prononce ses dernières paroles 

« Oh ! je l'aime ! ... Mon Dieu ... Je vous aime ... »

 Elle s'affaisse, puis rouvre une dernière fois les yeux. D'après les carmélites présentes, elle a alors une extase, qui dure l'espace d'un credo, avant de rendre le dernier soupir. Elle meurt le 30 septembre 1897 à 19 h 20, à l'âge de vingt-quatre ans. 

« Je ne meurs pas, j'entre dans la vie »,

écrivait-elle dans l'une de ses dernières lettres.

Elle est inhumée le 4 octobre au cimetière de Lisieux, dans une nouvelle concession acquise pour le carmel. Les carmélites ne peuvent quitter le couvent, et c'est un « fort petit »cortège qui suit le corbillard.

Les écrits de Thérèse

À la mort de Thérèse, mère Agnès dispose de différents écrits autobiographiques, qu'on désigne sous le terme de Manuscrits A, B et C.

  • Le Manuscrit A est rédigé à la demande de mère Agnès pendant l'année 1895. Au cours de l'hiver 1894, la sœur de Thérèse, prieure du carmel, lui ordonne d'écrire tous ses souvenirs d'enfance. Fin janvier 1895, Thérèse achète un petit cahier d'écolier et s'attèle à la tâche, écrivant généralement le soir après l'office de complies. Avec humour et sur un ton allègre, sans plan établi, elle n'écrit pas l'histoire de sa vie, mais bien l'« histoire de son âme », qu'elle intitule Histoire printanière d'une petite fleur blanche. Cette relecture lui est bénéfique, car elle l'aide à mieux comprendre le sens de ce qu'elle a vécu. Ce sont finalement six cahiers qu'elle remplit au long de l'année 1895 et qu'elle remet à la prieure le 20 janvier 1896.
  • Le Manuscrit B est un ensemble de lettres adressées à la marraine de Thérèse, sa sœur Marie. En septembre 1896, alors que Thérèse connaît la gravité de sa maladie et qu'elle est entrée dans une nuit de la foi, elle commence sa retraite annuelle. Elle profite des temps de silence et de méditation pour écrire des lettres qu'elle adresse directement à Jésus. Elle décrit ce qu'elle vit depuis quelques mois, mais surtout les grâces reçues en septembre 1896, et la grande découverte qu'elle fait alors : l'amour est sa vocation. Marie lui ayant demandé de rédiger une présentation de sa « petite doctrine », elle lui remet ces lettres qui constituent « la charte de la petite voie d'enfance ».
  • Le Manuscrit C est écrit en obéissance à mère Marie de Gonzague. En réalité c'est mère Agnès, réalisant que sa sœur va mourir, qui incite la prieure à obtenir de Thérèse la suite du récit de sa vie. C'est sur un petit carnet à la couverture noire, à partir du 3 ou 4 juin 1897, que la malade rédige ses souvenirs : « Pour écrire ma "petite vie", je ne me casse pas la tête ; c'est comme si je pêchais à la ligne : j'écris ce qui vient au bout. » Elle y décrit les grâces qu'elle a reçues au cours de sa vie, les découvertes spirituelles qu'elle a faites, notamment la « petite voie ». Début juillet, prise par une fièvre de plus en plus forte, elle ne peut plus tenir son porte-plume et continue avec un petit crayon. Fin août, rongée par la maladie, elle doit abandonner la rédaction du carnet.

Peu avant sa mort, Thérèse sait que ses écrits seront diffusés, au moins dans les carmels sous la forme d'une circulaire, et peut-être même publiés comme le propose Pauline en juillet 1897. Elle lui déclare d'ailleurs avec confiance : « Ma Mère, ces pages feront beaucoup de bien. On connaîtra mieux ensuite la douceur du bon Dieu ... » Elle lui confie par avance la tâche de corriger les écrits à sa guise, consciente du nécessaire travail de relecture et de correction.

Sans perdre de temps, mère Agnès se met au travail après la mort de Thérèse : sous la responsabilité de mère Marie de Gonzague, elle fond les trois manuscrits en un seul volume, qu'elle découpe en chapitres. Elle reprend largement le texte, corrige ce qui lui paraît incorrect. Comme l'affirme le père François de Sainte-Marie, spécialiste des manuscrits thérésiens, « Elle a pratiquement réécrit l'autobiographie. » Le 30 septembre 1898, un an jour pour jour après la mort de Thérèse, paraît Histoire d'une âme, un volume relié de 475 pages, publié à 2 000 exemplaires. Financée par l'oncle Guérin, la publication a reçu l'imprimatur de Mgr Hugonin. Le livre est envoyé dans tous les carmels et à quelques personnalités ecclésiastiques. Malgré certaines réticences initiales, l'accueil est élogieux et les rééditions se succèdent, puis suit la traduction en anglais (The Little Flower of Jesus en 1901) et dans de nombreuses langues. En 1915, 211 000 volumes ont été diffusés ainsi que 710 000 exemplaires d'une version abrégée. Les carmélites de Lisieux et mère Agnès elle-même sont stupéfaites de ce raz-de-marée.

Des milliers de lecteurs sont profondément touchés. Des prêtres témoignent que cette lecture leur fait beaucoup de bien spirituellement. Ainsi, le père Marie-Joseph Lagrange, fondateur de l'École biblique de Jérusalem, dira en 1927 : « Je dois à sainte Thérèse de ne pas être devenu un vieux rat de bibliothèque. Je lui doit tout, car sans elle j'aurais dû me racornir, me dessécher l'esprit. » La lecture d'Histoire d'une âme inspire aussi de nombreuses vocations, pour le Carmel, mais également dans les autres ordres religieux. Les études sur l'œuvre de Thérèse se multiplient et l'attente de pouvoir lire les cahiers originaux devient de plus en plus forte. Mais il faut attendre 1956 pour qu'à la demande du pape Pie XII, le père François de Sainte-Marie publie les Manuscrits autobiographiques en fac-similé puis, à partir de 1957, dans une édition imprimée. Histoire d'une âme est actuellement traduit en plus de quarante langues et dialectes.

Autres écrits

Au début de l'année 1893, mère Agnès demande à Thérèse de composer un cantique. Cette première poésie religieuse sera suivie de nombreuses autres, dans lesquelles la religieuse exprime le fond de son cœur.

En janvier 1894, c'est une récréation théâtrale qu'elle doit écrire pour la fête de la prieure. Elle choisit le thème de Jeanne d'Arc, qu'elle considère comme sa « sœur chérie » et dont la béatification est alors en cours. Elle est applaudie par les carmélites qui découvrent son talent et la sollicitent désormais fréquemment, la considérant comme le « poète de la communauté ». Elle compose très librement, puise son inspiration dans ses lectures, notamment le Cantique des cantiques, et exprime ses désirs, ses craintes, son amour de Jésus, sans « s'inquiéter du style ».

L'année suivante, elle écrit et met en scène Jeanne d'Arc accomplissant sa mission, une pièce spectaculaire avec seize personnages costumés. Elle-même joue le rôle de Jeanne, puis pose pour Céline, que la prieure a autorisée à conserver son appareil photographique, fait exceptionnel dans un carmel à cette époque. Le 11 juin 1895, Thérèse et Céline prononcent un Acte d'offrande à l'Amour Miséricordieux, que Thérèse a rédigé le 9 juin. Dès avril 1896, elle entre dans une profonde nuit de la foi, mais elle n'en laisse rien paraître. Seuls les cantiques qu'elle continue à écrire expriment ses ténèbres : 

« Appuyée sans aucun appui, sans lumière et dans les ténèbres, je vais me consumant d'amour. »

Pendant sa vie religieuse, Thérèse a également écrit de nombreuses lettres qui nous éclairent sur le développement de sa spiritualité, en particulier celles adressées à sa sœur Céline et à ses frères spirituels : les pères Roulland et Bellière.

Alitée les dernières semaines de sa vie, Thérèse consacre plus de temps à l'écriture, mais la maladie l'épuise et, le 16 juillet, elle rédige ses dernières lettres d'adieu. Mère Agnès, qui veille la malade, note sur un petit carnet jaune les paroles de Thérèse, jusqu'à son dernier jour.

Thérèse de Lisieux a ainsi écrit plus de 250 lettres, 62 poésies, 8 récréations pieuses (pièces de théâtre), et 21 prières. À partir de 1971, les écrits de la sainte sont publiés conformément aux originaux.

Notoriété populaire

Parallèlement au succès du livre Histoire d'une âme, une dévotion populaire à Thérèse de Lisieux se développe rapidement, en France et dans le monde. Elle s'accompagne de témoignages de conversions et de guérisons physiques. Dès la fin du xixe siècle, on prie « la petite sainte » bien avant que l'Église ne la canonise. Pendant la Première Guerre mondiale, les demandes d'intercession à Thérèse se multiplient et sa renommée grandit, même du côté allemand. L'anthologie restreinte des témoignages envoyés au carmel de Lisieux entre 1914 et 1918 comporte à elle seule 592 pages. En 1914, le carmel de Lisieux reçoit en moyenne cinq cents lettres par jour. Dans les années 1923-1925, le nombre de lettres reçues passe à huit cents par jour.

Ainsi, vers 1920, Édith, une fillette atteinte d'une kératite, est emmenée par sa grand-mère à Lisieux, sur la tombe de Thérèse. Elle retrouve la vue et, devenue Édith Piaf, elle vouera toute sa vie une véritable dévotion à Thérèse de Lisieux, qui est en fait sa cousine au quatorzième degré, pour ce qu'elle considère comme un miracle.

La ferveur populaire est rejointe par la reconnaissance de l'Église, qui canonise Thérèse en 1925.

Le 30 septembre 1957, veille de son exécution, Jacques Fesch, meurtrier converti en prison, écrit sa dernière lettre en citant Thérèse.

La spiritualité de Thérèse de Lisieux a également touché au cours du xxe siècle des philosophes comme Henri Bergson, Jean Guitton, Emmanuel Mounier… des hommes politiques de tous bords tels Marc Sangnier ou Charles Maurras. De nombreux écrivains se sont intéressés à elle, parmi lesquels on peut citer Paul Claudel, Georges Bernanos, Gilbert Cesbron, Julien Green, Maurice Clavel, sans que cette liste soit exhaustive.

Sainte et docteur de l'Église

Frappés du nombre de témoignages de prières exaucées par Thérèse de l'Enfant Jésus, des fidèles du monde entier demandent qu'elle soit reconnue comme sainte. Le 15 mars 1907, le pape Pie X souhaite également sa glorification. Le procès ordinaire de béatification, sous la responsabilité de l'évêque de Lisieux, Mgr Lemonnier, s'ouvre le 3 août 1910. Trente-sept témoins viennent déposer sur la vie de Thérèse, dont neuf carmélites de Lisieux. Son corps est exhumé le 6 septembre 1910, en présence de plusieurs centaines de personnes. La cause est introduite officiellement par Pie X le 10 juin 1914.

Le procès apostolique, mandaté par le Saint-Siège, commence alors à Bayeux en 1915. Retardé par la guerre, il se termine en 1917. À l'époque, un délai de cinquante ans est nécessaire avant une canonisation, mais le pape Benoît XV exempte la cause de Thérèse de ce délai. Le 14 août 1921, il promulgue le décret sur l'héroïcité des vertus.

Deux miracles sont nécessaires à la cause de béatification. On retient donc deux guérisons qu'on soumet à une enquête. La première concerne un jeune séminariste, Charles Anne, atteint de tuberculose pulmonaire en 1906, et dont l'état était jugé désespéré par le médecin. Après deux neuvaines adressées à sœur Thérèse de l'Enfant Jésus, sa santé se rétablit brusquement. Une étude radiographique réalisée en 1921 montre la stabilité de la guérison, le trou dans le poumon ayant disparu. Le second cas étudié est celui d'une religieuse souffrant d'une affection de l'estomac, dégénérant en ulcère trop avancé pour être opéré. Louise de Saint-Germain prie Thérèse pendant deux neuvaines, à l'issue desquelles son état s'améliore. Deux médecins confirment la guérison.

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